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Communitas
et utopie
extraits
[...]
De même se « relâcher », durant
cette expérience régulièrement recommencée,
dans sa tenue vestimentaire, son comportement, son langage, son
habitat, conduit à une « libération »
du corps et de l’esprit, évoquée comme un « ressourcement ».
Naît alors le sentiment du retour à la « vie sauvage »,
l’idée d’un mythique paradis perdu ou encore
la nostalgie des origines, où la culture renoue avec la nature
et se passe de médiation technique, ou réduite a minima,
dépouillée symboliquement de tout, ou presque, ce
qui fait référence à l’ordre social de
la structure, provisoirement suspendu, pour endosser un nouveau
statut au sein de la communitas. C’est d’ailleurs ainsi
que cette expérience revêt un caractère dangereux
ou anarchique qui en appelle à l’encadrement rituel
et qui dérange ceux que concernent le maintien de la structure,
de son ordre social et moral, de son pouvoir…. La communitas
privilégie un certain type de relation sociale basé
sur le « tu », la confrontation directe, le
franc-parler et engage ainsi les hommes tout entiers en relation
les uns avec les autres, leur offrant ainsi un caractère
d’unité et de complétude. Turner écrit
à propos de la communitas « on la tient presque
partout pour sacrée ou « sainte » »
pour ses vertus de transgression, de dissolution, pour ses pouvoirs,
pour l’émotion et la passion qu’elle suscite,
pour les « énergies instinctuelles »
qu’elle libère… Ce mode particulier de participation
sociale ouvre ainsi sur une dimension politique du rituel qui nous
invite à évoquer maintenant la notion d’utopie.
[...]
[...] Les relations sociales évoluant sous le régime
de la communitas sont également déterminées par
cette perspective visant soit la « régularisation »,
soit l’éradication, contraintes d’une manière
ou d’une autre à être domptées par la structure.
Or cette dimension contraignante, que ce soit au niveau de l’espace
ou des relations sociales et politiques, amène à un
engagement de l’individu plus affirmé dans ce cadre que
dans celui de la structure, les conduisant à en adopter le
modèle ou à en jouer. « Ceux qui sont structuralement
subalternes peuvent chercher, dans leur liminarité, un engagement
plus profond dans une structure qui, même si elle n’est
qu’une extravagance ou un simulacre, leur permet néanmoins,
pour un temps et de façon légitime, l’expérience
d’un genre différent de « délivrance »
(…) A présent, ils peuvent le prendre de haut, « se
donner des airs importants et arrogants ». [...] |