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Habitat
beauducois
extraits
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La conception de l’habitation est surtout axée sur
la rapidité d’exécution et fonction de l’éventail
des matériaux ainsi que de la main d’œuvre à
disposition. L’édification proprement dite s’effectue
à la fois sur le court et le long terme, rendant l’habitat
évolutif. Il faut tenir compte également des changements
de « propriétaires » mais aussi des
directives associatives. La sensibilisation à l’esthétique
des habitations menée par les associations a une influence
structurante et normalisante, dont l’effet est cependant limité.
Le caractère « singulier » demeure,
comme si continuait de s’exprimer l’individualité
en dépit de cette volonté homogénéisante
qui pousse à uniformiser l’habitat, préconisant
d’utiliser des peintures de couleur identique ou d’englober
les éléments disparates (caravanes ou bus ).
Cette expression de soi peut également être appréhendée
comme une forme de « laisser aller » à
ses goûts, ses rêves, ses fantasmes, se référant
au modèle, ou imaginé tel, de la cabane du pêcheur,
du cabanon provençal, du chalet suisse, de la cabane d’enfant,
de la cabane au Canada [...]
[...]
L’appropriation d’un emplacement passe par différentes
empreintes matérielles, plus ou moins élaborées,
et par plusieurs types d’action qui visent à la fois
la « domestication » du sable, la réalisation
d’endigages destinés à se protéger des
empleins et enfin l’aménagement de l’espace habitable.
Lorsque la caravane est calée sur son terrain d’assiette,
ce qui, suivant les endroits, nécessite parfois le maniement
de la pelle ou la location d’un petit engin de chantier, des
toiles de feutre ou de caoutchouc sont placées devant, couvrant
et maintenant le sable. Certains confectionnent des planchers avec
des palettes de bois sur lesquels ils peuvent dresser des pergolas.
L’emplacement est ensuite délimité par des bois
flottés, des canisses, des tôles, ou des sacs remplis
de sable. Ils offrent un double avantage : borner l’espace
personnel et jouer le rôle d’une petite digue en cas
d’emplein. Vient alors le temps de la personnalisation esthétique,
improvisée suivant les trouvailles du bord de plage ou la
récupération par les réseaux d’échange,
ou préméditée, comme le drapeau hissé
au-dessus de l’installation, sorte d’étape ultime
dans l’appropriation symbolique.[...]
[...]
La caravane laissée à demeure représente le
premier degré de l’habitat, le premier petit cochon,
promis à la fureur du grand méchant vent et à
la férocité de la corrosion. Lorsqu’elle repart,
en fin de saison, elle peut, au contraire, représenter le
plus avisé des établissements. La caravane qui ne
stationne qu’en été représente, à
mon sens, la forme la plus parcimonieuse de l’appropriation
de l’espace. Le deuxième petit cochon peut aisément
se comparer à la caravane cabanon, à l’abri
sommaire dressé à la hâte et laissé sur
place, tandis que le cabanon du village, parfois en dur, est sans
nul doute, à l’échelle du lieu, le troisième
des larrons. Cette différenciation typologique du bâti
rejoint celle spatiale que forment les trois quartiers, non seulement
du point de vue de l’habitat mais aussi, comme dans le conte,
des risques encourus, humains ou non humains (vols quasi systématiques,
destruction, tempêtes, empleins…) [...]
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