Beauduc,
l'utopie des gratte-plage


Ethnographie d'une communauté de cabaniers sur l'espace littoral camarguais

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Histoire du lieu
Habitat beauducois
Les pratiques
Communitas et utopie

 
 

Histoire du Lieu
extraits

[…]cette expérience débute véritablement au milieu des années 1950. Peu à peu émerge un premier îlot d’habitations, puis un deuxième quartier se crée et enfin un troisième, plus près de la mer. L’exacte limite entre la mer et la terre est incertaine : suivant les endroits, suivant les coups de mer, un des deux éléments gagne provisoirement la partie, retirant ici la plage, faisant surgir là quelque îlot. La même incertitude s’applique à la pérennité de cette expérience sociale et humaine, suspendue à la question de la légitimité. De cette indécision naît une philosophie de l’immédiateté qui engage une bonne part de l’utopique expérience. Mais une indécision qui dure finit par engendrer la nécessité de s’organiser, de se structurer et de tenter d’encadrer la pratique, afin aussi de la maintenir.
Jusque dans les années 1980, le phénomène Beauduc semble n’intéresser que les locaux, mais peu à peu ce bout du monde s’ouvre, se laisse apercevoir. On s’étonne, on se pâme ou l’on s’indigne, mais on ne reste pas de marbre face à ce regroupement iconoclaste d’abris hétéroclites. L’été, près de 1400 à 2000 personnes investissent ces installations quelque peu sommaires et derrière cet agencement désordonné de matériaux divers, se love une configuration sociale qui semble avoir pris quelques repères suffisants et tissé un lien puissant avec l’étendue désertique et mouvante qu’elle s’emploie à fixer, à combler, bref, à habiter. Pêche, ramassage de coquillages, convivialité et bricolage sont au programme des activités. Les Beauducois qui vaquent à ces diverses occupations, épuisettes et seaux calés à l’arrière de vieilles bicyclettes rouillées rappellent des clichés de Doisneau. Les enfants s’ébattent dans une grande liberté, rendus à cette période toute particulière que sont les « grandes vacances », tandis que les adultes qui ont repeint et réparé leurs cabanes, ou installé leurs caravanes, s’ouvrent eux aussi à l’appel du grand air et de la mer. La grand-messe de la saison d’été commence dans un grouillement joyeux et coloré, sous un soleil de plomb.
La renommée du lieu ne cesse de grandir tout en laissant croire à ceux qui le découvrent qu’ils font partie des « initiés ». Dans les années 1990, la mondanisation de Beauduc bat son plein, relayée par les médias. Des stars louangent et défendent l’esprit des lieux, il est du dernier chic d’évoquer cette plage perdue au fond de la Camargue, un endroit « extraordinaire » ! Snobisme et populisme vont bon train.[...]



[...]Depuis la naissance du hameau de Salin-de-Giraud au milieu de XIXe siècle, les saliniers viennent également pêcher à l'occasion de leur temps libre, à l'épervier, ou à la course, poursuivant le poisson dans les plans d'eau, et les harponnant à l'aide de fouines ou pêchent à la taste. Ils capturent ainsi les poissons plats tels les labres ou turbots. L'apport alimentaire est conséquent pour les familles ouvrières, en particulier pendant les nombreuses grèves qui affectent l'exploitation salinière.
Ce penchant affirmé pour la pêche, activité de complément et activité de loisir, constitue véritablement le point de départ des cabanes de Beauduc dans les années 1950. Tous les usagers du lieu entretiennent un lien avec cette ressource, particulièrement abondante dans cette lagune, qu'ils soient pêcheurs professionnels ou amateurs. Les hommes pêchent en étangs ou en mer, du bord, parfois en bateau pour les plus fortunés. Les femmes et les enfants ramassent les coquillages. Certains passionnés viennent en semaine la nuit, pour pêcher lorsque la mer est bonne, et repartent au petit matin.
Les voitures, qui servent à se déplacer sur ce site mi-solide mi-liquide, sont en général bricolées de manière à résister aux passages dans l'eau. Un carton ou un plastique est placé devant le radiateur pour protéger le moteur des projections d'eau, le pot d'échappement est surélevé et des pneus à grand diamètre, souvent jumelés, sont montés pour augmenter la prise au sol vaseux, collant, glissant.
Ces véhicules font la joie des enfants. Les parents les transportent en groupe pour des goûters improvisés dans les pinèdes et les dunes, dans les étangs, « derrière ». Les enfants se juchent sur les toits ou sur les plateaux de voitures dont on a découpé la carrosserie, éliminé les portières, bâché les moteurs.
« A un moment donné, on avait un engin un peu spécial, c’était une vieille 4CV sur laquelle on avait monté un moteur de vespa, très haut. On passait dans un mètre d’eau, et on allait partout avec ça, on appelait ça le « cosmobus », et même des fois, les gens qui suivaient les traces s’engageaient mais nous on passait, on avait des doubles roues à l’arrière, larges, tandis qu’eux ils arrivaient avec une voiture et hop ils se plantaient... Cet engin là est passé partout à Beauduc !... » (extrait d’entretien) [...]

   

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