Beauduc,
l'utopie des gratte-plage


Ethnographie d'une communauté de cabaniers sur l'espace littoral camarguais

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Habitat beauducois
Les pratiques
Communitas et utopie

 
 
 
 




Les pratiques
extraits

[...] Evidemment les prélèvements qui s’opèrent aujourd’hui dans ces anciennes launes n’ont que peu de choses à voir avec « ce qui se ramassait » lorsque la lagune de Beauduc était encore soumise à des échanges avec la mer. Ces launes ont laissé aux Beauducois ce goût de gratter la plage, de fouiller les fonds, de scruter la présence de multiples ressources dont subsistent encore les huîtres, les moules, les palourdes en quantité variable, suivant les saisons.
Les postures physiques de certains individus évoquent ainsi celles des échassiers, hérons, aigrettes ou flamants, plus emblématiques de la Camargue, qui se nourrissent aussi en fouillant les fonds marins et lagunaires. C’est de cette même action, exercée par les hommes et les femmes qui ramassent les coquillages, que provient le nom de gratte-plage, dont s’affublent entre eux ironiquement les Beauducois. Ce plaisir, clairement affiché de fouiller et triturer cette matière molle et douce des fonds sableux qui tapissent l’anse de Beauduc, les transforme donc, l’espace de la belle saison, en sorte d’hommes-fouisseurs.[...]



[...] « Moi j’adore grattouiller, j’aime chercher, j’aime mmh… Je sais pas moi… C’est inné. J’aime ça, j’aime le sauvage … Les palourdes, j’aime les faire. Quand je pars je dis à mon mari: « dans une heure je suis là ». A cinq ou six heures je suis toujours là-bas. Je me régale, je me régale ! De les trouver, de les chercher, je fais des kilomètres dans l’eau, c’est comme ça, je suis comme ça. Y’en a beaucoup d’autres comme ça… » (extrait d'entretien)[...]



[...] Les femmes qui sillonnent les faibles fonds sablonneux de l’anse de Beauduc pour ramasser les palourdes partent seules le plus souvent, parfois à deux ou trois. Elles se rejoignent lorsqu’elles s’aperçoivent, parfois au motif de voir la récolte ou bien pour « blaguer ». Ramasser les palourdes est tout à la fois une activité de nature et de sociabilité. C’est souvent dans ces occasions que l’on apprend les « nouvelles », celles des uns et des autres, et plus largement celles concernant Beauduc.
Lorsqu’on observe les gens dans l’anse de Beauduc, on s’aperçoit vite que l’on n’a pas affaire à des baigneurs « ordinaires ». La posture des corps nous renseigne immédiatement sur la nature de ces « vacanciers » qui associent deux activités en une : le fait de se « saucer » dans la mer, en famille, tout en prélevant quelques coquillages pour subsister durant la saison d’été, fourmis et cigales en même temps.[...]

     

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